Quand une ostéopathe rencontre la sophrologie

Ostéopathie et Sophrologie : point communs

Je suis ostéopathe (depuis 2005) et passionnée depuis la vingtaine sur le lien corps/esprit. Lors de ma première année d’ostéopathie en 1998, les professeurs nous donnaient la définition de l’ostéopathie comme étant une approche thérapeutique et philosophique prenant en compte le lien « corps, âme, esprit ». Cette définition m’a beaucoup plus et correspondait aux idéaux que je cherchais au fond de moi.

L’apprentissage de l’ostéopathie m’a initié au lien corps/esprit et je me rends compte qu’il y a des similitudes avec la sophrologie dans la notion de vivance, de stimulation vitale et de conscience de son corps.

Devenir ostéopathe = devenir conscient de son corps

L’apprentissage de l’ostéopathie m’a amené à apprendre à être à l’écoute de mon corps, de mes sensations physiques et plus subtiles. L’apprentissage amène à être à l’aise avec son propre corps pour ensuite aider les autres en agissant sur leur corps. Travailler sur soi, sur son image corporelle, ses ressentis est une chose, mais quand ensuite il faut ressentir en précision ce qu’il se passe à l’intérieur du corps de l’autre… c’est un véritable seuil à passer ! Pourquoi ?

Car cela n’est pas quelque chose de naturel. Dans le sens où la conscience ordinaire « veut rester chez elle ». La volonté ordinaire est comme teintée d’un égoïsme brut qu’il faut apprendre à maîtriser et guider pour faire quelque chose de non ordinaire : porter toute son attention à un autre être que moi-même.

Je trouve cela très difficile et très « purificateur » de son égoïsme. Même après 15 ans de pratique je ressens toujours cette résistance juste avant une consultation. Et après la consultation je me sens comme après une sophro !

La concentration = une éthique

Je me suis demandée ce qu’il se passait dans ma conscience pendant une séance d’ostéopathie. Quand je suis dans ma consultation, je suis pleinement présente à l’autre, à 100 %. Je me suis entraînée à ne penser QUE à ce que je faisais. C’est pour moi une éthique de respect vis à vis de l’autre car je sais que mes pensées, mon état d’être peut influencer l’autre en positif ou négatif.

J’ai expérimenté cela concrètement au cours de notre apprentissage en ostéopathie. Nous nous sommes entraînés à toucher l’autre en pensant à ses problèmes, en étant en colère par exemple et à toucher l’autre en étant en paix. Hé bien la différence est flagrante ! Quand on pense à ses problèmes on ressentait des douleurs, un mal être palpable.

Je trouve qu’il y aurait plein d’exercices de sophrologie à créer pour apprendre à l’étudiant à concentrer son esprit, son attention, à se créer des valeurs. La qualité du soin serait magnifiée !

Alice au pays du sens du Toucher

Quand je pose les mains sur un patient, je suis pleinement concentrée au cœur de mon sens du toucher.  Quand ce seuil de mes résistances égotistes sont passées et que je me concentre dans la relation à l’autre et ensuite à son corps, comme Alice au Pays des Merveilles, je passe dans un autre monde : le monde du corps de l’autre à travers le sens du toucher. Nous apprenons à écouter le corps avec nos mains.

C’est incroyable tout ce  qu’il peut se passer dans un corps humain. Pour moi, être ostéopathe c’est apprendre à voyager – sens et conscience unie – dans le corps de l’autre. C’est un véritable langage qui se créer ensuite entre mes perceptions et les tissus. Ce langage peut être vraiment comparé à des jeux de vivances entre moi et le corps de l’autre.

La notion d’alliance en ostéopathie

Vivre une séance et le rapport au corps de cette manière, c’est passionnant et très enrichissant humainement. Cela apporte beaucoup de respect.

C’est pour moi la base d’une alliance ostéopathique. C’est une alliance avec les tissus. Nous sommes conscients qu’ils sont bels et bien vivant et conscients et nous apprenons à « demander l’autorisation aux tissus » avant d’entrer en l’autre. Il y a des barrières que l’on ne passe pas, soit parce que la personne serait trop chamboulée, elle n’est pas prête, soit parce que l’ostéopathe n’y est pas (pas assez concentré, pas assez présent, ou bien l’intention de son travail est flou). C’est là que l’ostéopathe gagne à pratiquer la sophrologie !

Elisa Commarmond ostéopathe & sophrologue