Sophrologie du dos : 3 étapes pour se libérer des croyances sur la lombalgie

Pour une ostéopathe et sophrologue, je ne pouvais contourner le motif de consultation numéro un : la lombalgie ! Nous allons voir que la sophrologie à toute sa place dans l’accompagnement de la lombalgie et dans toutes douleurs qui deviennent chroniques. Pourquoi ?

Douleur et chronicité

En premier lieu afin de « casser » le processus de chronicité. La douleur chronique peut être évitée dès le début, si une prise en charge globale de l’être est envisagée. En effet, la chronicité est un cercle vicieux qui s’installe avec la fatigue, le manque de sommeil, la peur du mouvement et des postures d’évitement de la douleur. Ces éléments apportent un stress chronique, qui lui-même augmente le cercle vicieux de la douleur etc.

Il est très important pour le thérapeute d’expliquer le processus de la douleur et de rassurer le patient. Le rassurer déjà sur le phénomène réversible de la douleur et que la douleur n’est pas forcément synonyme d’atteinte physique grave.

Les études actuelles montrent que de nombreuses personnes souffrantes de lombalgie n’ont pas forcément de lésions discales ou d’arthrose. Inversement, de nombreuses personnes peuvent être porteuses d’arthrose avancée et de hernies discales, sans forcément avoir de douleurs (Cf image en annexe ci-dessous).

asymptomatik

Lorsqu’il y a douleur, l’état émotionnel est lui aussi « comme enflammé » et tout est dramatisé[1]. Les ostéopathes le constatent fréquemment lors d’une consultation, par l’attitude qu’a le patient qui vient de passer un examen du dos (radio, scanner, IRM), sans avoir vu son médecin avant. Il se retrouve souvent seul avec ses examens médicaux et comme il ne sais pas vraiment interpréter les résultats (cela devrait être réalisé par un professionnel !), le patient dramatise à outrance les résultats. Sans avoir de connaissances et de recul, il est facile d’entrer dans le cercle vicieux des croyances et idées toutes faites : « bon ben j’ai de l’arthrose » – « ça va forcément s’empirer » – « je vais finir en fauteuil roulant » – « c’est héréditaire, ma mère avait aussi mal au dos » – « il ne faut plus que je fasse de sport alors »

Le patient est en perte de ses capacités et il croit que c’est irréversible.

Autre cas fréquent (pour une ostéopathe c’est sur !), lorsqu’il n’y a rien à la radio, alors le patient se retrouve chez l’ostéopathe en se disant qu’il a le bassin déplacé, la 5e  lombaire qui a « tournée » et il a l’espoir que l’ostéo le remette en place. Il attend tout du craquement miracle, qui va lui virer « cette fichu douleur »… Aïe, et voilà d’autres croyances ! Là il faut bien expliquer qu’une séance d’ostéopathie ce n’est pas non plus un conte de fée ! Chaque cas est différent et les résultats dépendent toujours du contexte, de l’âge, du mode de vie, l’alimentation, les antécédents etc… L’être humain est complexe ! Ce n’est pas une machine, sur laquelle l’ostéo ferait juste cric’crack sur le dos, pouette’pouette sur le bidou, un p’tit massage du cuir chevelu et hop l’affaire est réglé ! En tous cas, je n’ai pas fait 6 ans d’études pour apprendre ça ! Penser et faire croire cela, c’est insultant pour l’ostéopathie. C’est aussi faire preuve d’une grande ignorance sur le fonctionnement de l’être humain.

Même si l’ostéopathie peut grandement soulager des cas classiques de lombalgie, pour un résultat durable – et qui ne rendra pas dépendant le patient de son ostéo préféré- il est  indispensable de ne pas entrer dans ce jeux des fausses croyances sur la douleur. Pour cela, il y a une grand besoin de remettre les idées en place au sujet de la douleur, de ses causes et de son lien avec le stress. En effet il est important de savoir que les études scientifiques sur les douleurs de dos, montrent que les grandes causes de douleurs de dos sont bien plus liées au stress et à l’anxiété et qu’au port de charges lourdes ou de mauvaises postures !

La place de la sophrologie est importante dans ce contexte car sa pratique peut grandement aider à aller dans ce sens d’autonomiser, aider à vivre son corps dans sa réalité objective. En langage sophrologique, nous dirions que les croyances sont les ombres dans la caverne. Le sophrologue établira un protocole adapté à la personne afin de l’aider à se libérer en douceur de ses croyances. Il retrouvera progressivement confiance en lui et en ses capacités corporelles de guérison. Il pourra entrevoir ses solutions et construire une vie nouvelle avec un dos fort !

Avant d’en arriver là, voici quelques étapes clés, qui pourront aider le sophrologue dans l’accompagnement de la lombalgie. Ceci ci est en résumé, ce que j’explique à mes patients en tant qu’ostéopathe.

3 étapes pour se libérer des croyances sur la lombalgie

1 – Il faut comprendre déjà que rien dans le corps ne se déplace vraiment ! Sinon ce serait chez le chirurgien qu’il faudrait prendre rendez-vous ! Avec l’engouement qu’a eu l’ostéopathie, de nombreuses personnes ont aujourd’hui consulté l’ostéo et pour 80% des gens croient que l’ostéopathe « remet en place des os qui se déplacent ». Cela est faux ! Ceci est une vision très simpliste et matérialiste du corps. Malheureusement, des ostéopathes ont entretenu ce langage afin d’essayer d’expliquer en simplifiant à l’extrême. Aussi quand un patient ne comprend pas un concept, il va aussi chercher à simplifier à l’extrême.

Donc pour désamorcer cette croyance, il est important de prendre le temps d’expliquer le fonctionnement de la douleur (voir vidéo ci-dessus) et en identifier les causes : métaboliques, inflammatoires, agents stressants, surmenage, fatigue, choc émotionnel etc… Concernant l’approche ostéopathique, bien sur qu’elle soulage grandement les patients. Afin de mieux expliquer ses bienfaits nous parlerons plus de : manque de mobilité sur certaines zones articulaires ou tissulaires, viscérale, d’attitudes posturales (si elles sont identifiées), des effets du stress etc… Ces manques de mobilité peuvent entraîner des ischémies locales, ce qui pourrait expliquer en partie la douleur.

2 – En deuxième temps, le patient plus éclairé sur la réalité comprend que rien ne se déplace. Libéré de l’idée qu’il a une lésion physique irréversible, il peut s’ouvrir à des solutions. Tant qu’il reste sur ces fausses croyances, il n’avancera pas comme il le pourrait. Ses croyances sont stressantes et s’il y reste accroché ou si personne ne lui explique, cela « bloquera » le processus de rétablissement.

Et dans le cas, par exemple où il y aurait présence d’une hernie discale, il faut toujours encourager et ouvrir sur les solutions et étapes vers un rétablissement. Concernant la hernie discale, la médecine se veut plus rassurante aujourd’hui. Elle évite les opérations et elle a même constaté une réversibilité. Elle peut diminuer, voire parfois disparaître ! Le problème c’est la douleur. Il faut donc établir un plan sur plusieurs mois avec une prise en charge globale et pluridisciplinaire : des séances régulières de kinésithérapie, de la sophrologie s’il y a présence de stress, de la santé fonctionnelle/micronutrition/naturopathie pour mettre en place des stratégies anti-inflammatoires et en rechercher les causes etc. Le tout est de faire en sorte que le patient soit bien accompagné pour avancer vers le regain de ses capacités !

Plus sophro : Libéré de ses croyances, le patient peut se libérer de ses chaînes et sortir du cercle vicieux de l’inquiétude et du stress.

3 – Une fois le patient rassuré sur ses capacités structurelles, il faudra l’encourager à bouger afin de retrouver confiance en ses capacités de mouvements. Les patients entretiennent souvent l’idée qu’il ne faut plus bouger pour que cela aille mieux. Aujourd’hui les études sur le rétablissement suite à un traumatisme ou une blessure, montrent l’inverse : il faut bouger ! En cas de sciatalgie nous encourageons les gens à marcher et cela les soulage grandement.  Aussi la méthode type Feldenkreis se rapproche de la sophrologie en invitant les personnes à explorer les mouvements en conscience et a retrouver ses capacités de mouvement. La méthode McEnzie en kinésithérapie donne aussi de très bons résultats.

En langage sophrologique : Retrouver le mouvement est le début d’une marche (RD3) avec un nouveau regard posé sur son corps et son mouvement. Le patient entame la marche hors de la caverne de la douleur. Il pourra ensuite se redéployer dans son existence avec ses valeurs de santé et de mouvement conquises (RD4).

Stratégie du sophrologue pour retrouver confiance en son corps

L’objectif en sophrologie sera d’aider à retrouver confiance dans son corps en apportant du soin par des exercices sur le schéma corporel et d’autopalpation (RD1). Le fait de retrouver son corps, aide à sortir du cercle vicieux du stress. Aussi, la concentration permet de se sentir bien et d’arrêter de focaliser son attention sur le problème (douloureux).

L’idée sous-jacente dans la démarche est une réappropriation de son dos et la capacité de se sentir solide, fort et en sécurité dans son corps. En effet, le patient douloureux avec ses réflexes d’évitement, cherche inconsciemment à fuir son corps. Il ne fait plus ami/ami avec lui. Les gens ont parfois des propos assez durs envers leurs corps et eux-mêmes : « il faut amputer » ; « j’ai un dos pourri » ; « il faut changer les pièces ».

Une base d’exercices corporels que propose la sophrologie (Relaxation Dynamique du 1er degré, en position debout) est très approprié afin de se ré-incarner dans ses lombaires et retrouver confiance en sa force. Le protocole pourra amener a vivre son dos (ses lombaires) tel qu’il est réellement : FORT !

Ce sont LES PIÈCES FORTES du corps ! Quand on voit des lombaires, elles sont massives, larges, robustes. C’est la base du pilier central qu’est la colonne vertébrale et il est im-po-ssible qu’elles se « disloquent », se brisent par des petits gestes quotidiens. Or paradoxalement les gens ont l’idée que la zone lombaire est une zone fragile !

Voici trois capacités clés, importantes à méditer pendant la sophrologie axée sur le dos :

  • Confiance en mon dos : « mon dos est effectivement fort, je me sens en sécurité dans mon corps »
  •  Capacité d’harmonie corps esprit : « j’ai la liberté d’apporter et d’activer du bien-être au niveau de mon dos »
  • Capacité de projets futurs : « j’envisage mon futur avec un dos en bonne santé »
Conclusion

Le processus sophrologique est important pour le rétablissement des douleurs chroniques car elle propose de retrouver son corps mais aussi de sortir – en douceur – de ses croyances individuelles (et collectives) à propos du dos. Ce processus de libération à aussi forcément une action sur le stress, notamment au travail et permet de vivre une nouvelle quotidienneté au travail ou sur toute cause issu du contexte psycho-social.

Cette ré-appropriation de son corps en bonne santé, permet aussi d’activer ses capacités d’autoguérison – cher aux ostéopathes – et ce, de manière autonome !

Elisa Commarmond Ostéopathe & Sophrologue

[1]             « Pour exemple une revue systématique (4) utilisant une analyse croisée (33 articles et 10293 patients souffrant de douleur d’épaule) a démontré que :

  • Plus il y avait de catastrophisme et de kinésiophobie, plus la douleur et l’invalidité était importante ;
  • Et inversement plus le niveau des attentes de guérison et le sentiment d’auto-efficacité étaient élevés, moins la douleur et l’invalidité était élévée. »

           Extrait d’un article de Laurent Fabre ostéopathe responsable du pôle neuroscience de la douleur au CFPCO.

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